" Je me souviens : la première fois que je t'ai rencontré, je ne t'ai pas vu.. Je ne t'ai pas vu. Tu étais là, pourtant. Je t'ai fais la bise, je t'ai dis « bonjour » très gentiment sans doute, avec mon grand sourire, celui que j'ai quand je fais connaissance, un sourire préfabriqué, une forme de politesse anonyme. Un laissez-passer pour que passent les gens et qu'ils me laissent dans mon indifférence. Et après.. Après il y avait pleins de gens autour de nous. Entre nous. J'ai senti une présence. Loin. Dans la pièce remplie de gens qui parlaient, parlaient, remplissaient le vide avec application. Moi aussi je parlais, et je n'aimais pas les mots qui sortaient de ma bouche. Je me suis demandé : pourquoi je dis tout ça ? Ils viennent d'où, ces mots-là ? Ils n'étaient pas à moi, ils me collaient un masque grimaçant de transparence idiote. Une petite brune qui essaie de remettre tout en place, de contrôler l'incontrôlable, de donner une apparence lisse, jolie, rassurante. Voilà ce que j'entendais de moi. Ce que tu entendais de moi.. Toi, assis un peu plus loin (...). Je te distinguais à peine, en une sorte de vision oblique, tu n'étais pas encore entré dans mon champ de vision. Petite image renversée dans mes bâtonnets optiques. Toute petite, toute petite mais présente, même si je ne le savais pas encore. "